Leenhardt (1928) — рецензія на Le Roy, «L’exigence idéaliste et le fait de l’évolution»

Первинне джерело (raw, OCR). Рецензія теолога Анрі Ленара на том Леруа за курсами Collège de France 1925–1926 (Boivin, 1927). Ключова для атрибуції терміна «ноосфера»: у цьому томі його немає; рецензент анонсує наступну працю Леруа — Les origines humaines et l’évolution de l’intelligence (1928), — де термін і з’являється. Не редагувати: sources/ immutable.

Вихідні дані: Études théologiques et religieuses, 3ᵉ année, n°4, 1928, pp. 428–429. Persée: ether_0014-2239_1928_num_3_4_1202_t1_0428_0000_2.

Що встановлює джерело

  • Книга = курси Collège de France 1925 і 1926, вид. Boivin 1927 (XVIII+270 с.).
  • Теза: ідеалістичне прочитання еволюції; життя = винахід (invention) + звичка (habitude); оновлення бергсонівського élan vital; висновок — «Idéalisme et finalité».
  • Термін «noosphère», Вернадський, Тейяр — не згадуються.
  • Ленар анонсує наступний том: «Les origines humaines et l’évolution de l’Intelligence» (це і є локус «ноосфери», 1928).
  • Теологічна критика Ленара: висхідну психічну силу еволюції треба приписати не «ідеалістичній Думці» (антропоморфна ентіть), а Богу — відлуння тієї ж напруги, що й у справі «Dogme et critique» (1907).

Raw OCR (fr)

E. Le Roy. — L’exigence idéaliste et le fait de l’évolution, (Bibl. Rev. Cours et Conf.). In-8, XVIII+270p., Boivin et Cie 1927. 15 francs.

M. Le Roy nous présente dans ce volume les cours professés au Collège de France en 1925 et 1926. L’auteur se propose de donner une solution à « l’énigme paradoxale et presque scandaleuse dans la perspective idéaliste » que constitue « l’aveu des premières origines toutes matérielles ». Car M. Le Roy est un idéaliste. Dans un aperçu touffu, mais intéressant, il révise nos connaissances sur la matière et sur la vie et conclut de son analyse à un double caractère spécifique de la vie qui est invention et habitude. L’invention est la donnée psychique que M. Le Roy estime indispensable pour expliquer les phénomènes de genèse, de création, voire même d’adaptation ; l’habitude est la donnée qui rendra compte des phénomènes d’arrêt, de fixation, de dégénérescence, de mécanisation, de matérialisation.

M. Le Roy reprend la théorie d’un élan vital de Bergson, élan essentiel à la vie et à partir duquel il est loisible de comprendre les modifications déconcertantes de l’être vivant. Ceci revient à dire, « dans une perspective idéaliste », que la vie porte en elle un certain degré de conscience, de pensée, inspiratrice du mouvement évolutif. Ce mouvement ne laisse aucun doute sur sa finalité, en sorte que M. Le Roy peut intituler sa conclusion : Idéalisme et finalité.

Le livre de M. Le Roy, bien que difficile à lire, est fort intéressant et de nature à instruire et à faire penser. En étudiant la biologie, il fait ressortir combien le mécanicisme n’est applicable qu’aux phénomènes arrêtés, figés, statiques, parmi lesquels seulement il peut prendre son essor, tandis qu’il reste impuissant devant ce qu’il y a de plus réel dans le monde vivant : le mouvement évolutif, le dynamisme cosmique. Son analyse du transformisme est également très heureuse.

La thèse qu’il soutient n’est pas à l’abri de toute critique. L’auteur établit que la vie présente une certaine force ascensionnelle ; il croit pouvoir en conclure que la vie est invention. Or ce mot est un mot de psychologie […] qui postule que cette force ascensionnelle est de nature psychologique. Pareillement […] l’auteur montre l’amoindrissement de cette force ascensionnelle, l’abaissement du potentiel évolutif chez les espèces qui se figent. Il en conclut que la vie est également habitude, autre donnée psychologique, et que cette habitude, arrêtant l’action de toute invention, arrête la vie, la tue et donne du mort : la matière.

Les deux faits étudiés par l’auteur sont de premier intérêt, mais n’impliquent nullement la conclusion idéaliste qu’il en tire. Une force ascensionnelle et une inertie : voilà les seuls faits indéniables. […] Enfin supprimer la matière pour en faire avec Schelling de l’« esprit éteint », c’est une pure supputation métaphysique. […] L’existence de quelque chose que nous nommons matière, la réalité de l’énergie chimico-physique, paraît bien, quoiqu’en pense M. Le Roy, antérieure à toute vie.

[…] Quant à la nature de cette force ascensionnelle, elle ne saurait être expliquée par la matière […] ni par le passé comme veut Rignano […] Force est donc, si on lui veut une cause ou une explication, de la chercher en dehors du monde : dans une pensée évidemment, mais non dans la pensée idéaliste, entité anthropomorphique, incapable de diriger ce qui justement l’engendre. […] cela c’est Dieu.

Peut-être M. Le Roy se réserve-t-il de spécifier sa pensée sur cette Pensée, dans un autre ouvrage qui doit suivre le présent, sous ce titre : « Les origines humaines et l’évolution de l’Intelligence ».

— Henry Leenhardt.